Rechercher

Perle Philo. #2 : être responsable

Mis à jour : sept. 20




Pour trouver l’essence des maux, revenons au sens des mots.

L’origine du mot « responsabilité » est communément attribuée au verbe « respondere », qui signifie « se porter garant », lui-même apparenté à « sponsio » qui se traduit par « la promesse ». Ignorée du plus grand nombre, une autre racine latine est également à l’origine du terme « responsabilité ». Celle-ci suggère l’existence d’une dimension beaucoup plus concrète, réelle et immédiate de la « responsabilité ». Avant cependant d’évoquer cette origine méconnue, attardons-nous sur le sens unique pris dans l’usage par le mot

« responsabilité ». Examinons la maladie de la « responsabilité » qui a contaminé et colonisé l’être humain, au point de structurer sa vision du monde, sa relation aux autres et - tel est la clef - son rapport à lui-même.

Fidèle à son origine officielle, la « responsabilité » est aujourd’hui définie comme « le fait de répondre de ses actes ou des actes des personnes dont on a la charge ». Ceci suppose

d’« être responsable », c’est-à-dire d’agir de manière réfléchie pour garantir un résultat dont on devra rendre compte. La notion de « responsabilité » constitue aujourd’hui l’un des piliers - si ce n’est le socle - de l’organisation des collectifs (entreprises, associations, institutions etc.) et du corpus règlementaire qui les régit. Ceci-explique que l’étendue comme la nature de la

« responsabilité » ont de tout temps fait l’objet d’intenses débats et controverses. Nous choisissons ici de nous en affranchir pour aller à ce qui semble être l’essentiel : dénoncer le dogme en montrant que la « responsabilité » telle qu’elle est actuellement définie par notre société est une illusion, une fiction intellectuelle créée par des hommes pour en contrôler d’autres, une fiction qui s’appuie sur un mythe ; le mythe de l’individu omniscient.


Il est impossible pour une personne de connaître toutes les règles qui s’appliquent à sa situation. Pourtant, notre rapport à la justice se fonde, aujourd’hui encore, sur l’adage « Nul n’est censé ignorer la loi », adage qui figurait au premier article du code civil de 1804. De même, il est irréalisable pour un être humain d’analyser et modéliser tous les paramètres à prendre en compte pour appréhender une situation dans son entièreté. Il lui est également impossible de déterminer avec certitude les conséquences directes et indirectes de ses pensées, de ses paroles ou de ses actes. Car, quelles que soient les capacités dont une personne est dotée, le niveau d’information dont elle dispose, les ressources qu’elle possède et les intentions qui l’animent, elle n’est jamais véritablement en mesure de garantir que son action aura l’effet escompté et, que cette même action, n’engendrera pas de contreparties négatives pour son entourage ou pour elle-même. Nous l’avons tous vécu et observé : l’imprévu, le hasard, la fatalité, la chance, le destin, la main de Dieu selon certains et surtout nos semblables interviennent chaque jour dans notre vie, souvent pour favoriser la réalisation de nos projets, parfois pour y couper court. Ainsi, croire que l’homme est omniscient et en mesure de dominer sa réalité, présente comme à venir, est un mythe. Ce mythe, projeté par l’intellect sur son environnement au travers du prisme déformant d’une conception erronée de la responsabilité, crée une illusion qui s’interpose entre l’homme et la nature.

D’aucuns revendiquent pourtant « assumer leurs responsabilités », prétendant connaître et maîtriser les règles du jeu et être en mesure de prévoir et éliminer l’imprévu. Ainsi, ils attachent aux expériences vécues des étiquettes, celles de l’échec et du succès en particulier. Ces mêmes personnes considèrent « être responsables » de leurs actes et de ce qui advient à leur suite. A ce titre, elles se font les hérauts de l’illusion, expliquant aux autres les leçons à tirer de l’échec et les recettes qui mènent à la réussite. Pourtant, tôt ou tard, quels qu’aient été les succès rencontrés jusque-là, la plupart de ces personnes - si ce n’est toutes – se trouve un jour confrontée à une situation qui la domine et bouscule violemment son ego. L’amoureux de la sagesse nomme ce moment de reconnexion à la nature, souvent brutal et douloureux, la « rencontre avec son mur de la nécessité ». Cette rencontre représente l’opportunité de prendre conscience de l’erreur fondamentale commise jusque-là, à savoir réduire la vie à une équation dont on connaîtrait et maîtriserait tous les paramètres.

Existe-t-il seulement une équation des lois de la vie ? Si oui, quelle science peut embrasser un champ d’étude aussi vaste et identifier les paramètres à considérer ? Quelle science est en mesure de révéler les lois fondamentales ? A ces questions, l’amoureux de la sagesse répondra que seule la philosophie des origines a vocation à faire découvrir à chacun les véritables lois de la nature (« Physis » en Grec). Par l’invitation à vivre une expérience individuelle initiatique, la philosophie pythagoricienne permet l’accès à un bien-être véritable, un bien-être durable et global sans contrepartie négative pour soi comme pour son entourage.

Même s’il n’est pas initié, le lecteur relèvera cette évidence : la société dans laquelle nous vivons ne se préoccupe ni d’étudier le sens et les lois de la vie, ni de permettre à l’être humain d’accéder au bien-être durable. Pourtant, cette société se comporte exactement comme si elle était parvenue à résoudre l’équation de la vie, comme si elle avait déjà installé les moyens justes pour la faire prospérer. Forte d’une légitimité qu’elle s’est elle-même attribuée, elle impose ses règles aux hommes s’appuyant sur un paradigme aussi faux qu’indémontrable. Car postuler qu’un individu possède une science, alors qu’il lui est impossible de l’acquérir, est totalement absurde. Un tel postulat n’a d’autre objectif que d’empêcher qu’on se soustraie à la règle en plaidant qu’on l’ignorait, et donc qu’on n’est pas responsable de l’avoir enfreinte par son comportement. Si, en droit, l’« irresponsabilité » d’un individu peut être invoquée par tous, elle est rarement reconnue. En revanche, elle est présumée pour deux catégories de la population. La première est formée de personnes expertisées comme déficients mentalement qui sont le plus souvent en situation de grande dépendance du fait de leur handicap. La seconde est constituée des élus au parlement, des membres du gouvernement et…du Président de la République. A des degrés variables selon leur statut, les « grands de la nation » sont en effet présumés irresponsables des actes qu’ils commettent dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions. Si, fait rarissime, leur responsabilité se trouve engagée, ils ne sont pas jugés par la juridiction qui serait compétente pour le quidam mais par une haute cour, une haute cour créée ad hoc et essentiellement composée de pairs qui se désignent entre eux. De ce développement sur le fonctionnement de notre justice, on conclura que l’homme ordinaire, dans sa vie comme dans son travail est, par défaut, considéré comme responsable quand les personnes qui occupent les plus hautes responsabilités sont, elles, présumées…irresponsables.

On entrevoit ici la nature et la finalité de la responsabilité telles qu’elles ont été conçues et développées par ceux qui ont construit notre société : attacher le commun des mortels à la loi de quelques-uns pour légitimer qu’une poignée d’individus juge et condamne la majorité. Constatons ensemble que ceux qui font, disent et appliquent la loi, ont cure du niveau de savoir, de connaissance ou de conscience des êtres humains dont ils régissent les vies : l’unique objectif du système est que le plus grand nombre soit « responsable » de ses actes vis-vis des autres et, de facto, vis-à-vis de la minorité qui s’est désignée garante de la loi. Cette minorité semble considérer que, sans le cadre normatif qu’elle incarne et impose, l’être humain serait incapable de reconnaître le bien du mal, le juste de l’injuste et par conséquent d’agir de lui-même dans le respect des autres. Elle n’envisage pas non plus qu’un individu pourrait d’abord, et avant tout, être responsable vis-à-vis de lui-même de ses pensées, paroles et actions. Ainsi, des comptes sont systématiquement demandés pour ce qui a été fait aux autres, mais jamais le justiciable n’est interpellé sur ce qu’il s’est infligé à lui-même. Faut-il condamner la personne qui a eu un mauvais comportement ? Le jugement et la sanction infligés par d’autres ont-ils jamais été des leviers d’évolution positive pour l’être humain ? Une chose est certaine concernant la situation actuelle : une importance et des moyens marginaux - si ce n’est inexistants - sont accordés à l’accompagnement des personnes mises en cause pour les aider, via l’instauration d’un climat de confiance, à prendre conscience de leurs actes et les faire croître. Aujourd’hui plus que jamais, les justiciers jugent et châtient les justiciables sans se préoccuper de leur état d’être humain. Sous couvert de responsabiliser l’individu, nos penseurs et dirigeants l’ont rendu « irresponsable de lui-même » fondant cet état de fait sur une illusion collective n’ayant d’autre finalité que de maintenir leur emprise et leur pouvoir sur la majorité.

L’amoureux de la sagesse affirmera donc que l’homme que notre société dit « responsable » vit au gré du souffle de ses dirigeants, enfermé dans une relation de nature maître-esclave. L’amoureux de la sagesse écartera la conception erronée qui domine ses semblables pour revenir à la racine du mot « responsabilité »». Il rappellera que « respondere » peut également se traduire par « répondre de ses actes » mais aussi par « assumer librement ». Qui peut répondre pour lui-même hormis l’individu concerné ? Qui d’autre est en situation d’assumer, si ce n’est l’auteur des actes lui-même ?

Ayant montré que le jugement de l’autre ne mène qu’à l’irresponsabilité de soi, nous affirmerons que la notion de « responsabilité » ne peut s’appliquer qu’à soi-même, excluant donc la possibilité qu’on puisse « être responsable » pour d’autres. Selon la philosophie pythagoricienne, notre unique responsabilité en cette vie est de trouver et nourrir notre propre souffle de vie pour atteindre l’autonomie plutôt que de nous exposer à celui de maîtres qui nous rendent esclaves. Car, pour cette philosophie des origines, la responsabilité est strictement individuelle. Cette responsabilité n’est réelle et effective qu’à condition de disposer d’une liberté pleine et entière de pensée, de parole et d’action, une liberté qui ne peut être entravée par d’autres. Selon l'enseignement pythagoricien, l’essence de cette responsabilité individuelle réside dans l’entretien d’un lien permanent entre la « part créature » et la « part créatrice » de l’être humain. Pythagore a établi que ce lien entre notre corps matériel et notre conscience la plus haute s’obtient par la respiration, une respiration que le premier des philosophes considérait comme la véritable clef d’accès à l’intériorité. Cet apport essentiel de la philosophie pythagoricienne à la pensée de son temps explique sans doute ce que beaucoup ignorent à propos de la formation du mot « responsabilité ». Celui-ci ne s’est effectivement pas seulement construit à partir de « respondere ». Il puise également ses racines dans le mot latin « respiratio » (le souffle, la respiration).

Comme Pythagore, la médecine traditionnelle chinoise considère comme essentiel le rôle de la respiration. Cette science immémoriale, pour laquelle la respiration est le principal lien qui unit l’homme à son environnement, attribue à celle-ci un rôle majeur dans la préservation de la santé et dans l’accès au bien-être. Pratiquée dans les conditions requises, la respiration permet en effet de recharger la « batterie des reins » et d’activer la grande roue énergétique Yong qui relie la part du vaisseau Gouverneur Créateur à la part créature placée dans le sacrum. Les méridiens ainsi irrigués, les mécanismes vertueux observés chez l’enfant juste après sa naissance se réactivent. Le corps - même âgé - fonctionne de nouveau à plein, recréant chez l’adulte l’état de joie et de bien-être connu par le nouveau-né. Ainsi, non seulement la respiration développe l’immunité, préservant l’individu des miasmes et maladies qui l’entourent, mais elle le protège également des émotions nocives, telles que la peur ou la colère, en contribuant à installer chez l’adulte l’état de l’« enfant joyeux ».

L’étymologie, comme la sagesse immémoriale, nous enseignent que la respiration est le moyen premier à disposition de l’être humain pour accéder à son intériorité, élever son niveau de conscience, préserver son corps et développer son bien-être. Ainsi centré sur sa respiration, chacun se trouve en mesure d’évoluer dans son environnement en pleine santé et sérénité. Tenons-le-nous donc pour dit : notre unique et véritable responsabilité en cette vie est de RESPIRER dans un aller-retour en REPONSE entre notre part créature et notre part Créateur. L’évolution actuelle de l’humanité semble nous montrer que l’heure d’un choix est venue pour tout un chacun. Vous qui m’avez suivi jusqu’ici, je vous le demande : quel est votre choix ? Respirer le souffle de vie, libre de toute entrave pour préserver votre santé et accéder à l’état joyeux de l’enfant ? Ou bien continuer à croire que vous êtes « responsable » des autres avant de l’être de vous-même, entérinant ainsi l’imposture intellectuelle imposée par une minorité qui fait sienne la loi tout en s’affranchissant des conséquences de ses actes ?

Formulons le souhait qu'avant d’expirer, l’aspirant se tourne vers le maître dont le souffle l’inspire et le fait croître, plutôt que d'aller vers les senti-maîtres qui le font mourir.

48 vues

"Si Science sans conscience n'est que ruine de l'âme, conscience sans science n'est qu'illusion de spiritualité"

Patrick Le Berre